Romans

Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 00:00

comment les fourmis m ont sauve la vie lucia nevai Crane est née dans l’Iowa des années 1950. Elle commence plutôt mal sa vie car sa mère a essayé de se débarrasser d’elle pendant sa grossesse. Elle naît donc avec un front difforme, laide et complètement bigleuse. Mais elle a une intelligence phénoménale.

 

Cela ne se remarque pourtant pas dans sa famille. Il faut dire que celle-ci squatte une cabane isolée, et est bizarrement constituée. Il y a d’abord les trois enfants : Little Duck, Jima et Crane. Côté adultes, il y a Big Duck, qui sert de patriarche, mais qui n’est le père que de Jima. Puis Flat, la mère de Jima, sèche et pétrie par la religion. Puis Tit, qui est la mère de Little Duck et de Crane, belle femme qui se prostitue.

 

C’est au milieu de ce cadre que Crane grandit, protégée par sa sœur Jima. Ensembles, elles regardent les trains, les étoiles et le maïs qui pousse dans les champs voisins. La faim, l’absence de scolarité et le froid sont quand même là pour rappeler qu’ils vivent chichement, dans la pauvreté et la crasse.

 

Pourtant, un jour, la civilisation va les rejoindre. Un homme aura l’idée de creuser un lac à côté, d’y construire une marina puis un lotissement. Si les enfants se plaisent à avoir des voisins, les adultes ont plus de mal, jugés par les nouveaux arrivants. Jusqu’au jour où, suite au départ de Tit, la famille éclatera.

 

Crane, séparée de tout le monde, commencera une nouvelle vie, d’abord au couvent, puis chez Ollie. Autant dire tout de suite, que malgré son intelligence, elle aura encore quelques épreuves à surmonter. Heureusement, les fourmis sont là…

 

*****

 

Ce livre m’a attiré car, après avoir lu le résumé en diagonal, j’ai retenu les mots “sioux”, “difforme” et “intelligent”, ce qui m’a tout de suite rappelé Le premier qui pleure a perdu d’Alexis Sherman. Autant vous dire que j’étais loin du compte…

 

L’histoire de Crane ne m’a d’abord pas palpité. Tout juste intéressé. Je me demandais si avec une enfance aussi terrible, ce personnage, malgré qu’elle soit un génie, s’en sortirait. Et puis, quand elle est séparée de sa famille, je n’ai plus pu lâcher le livre.

 

Car l’histoire de Crane, toute misérable qu’elle soit, n’est jamais sordide. Tout imbécile que soit Big Duck, il ne les bat pas. Puis, après son placement, il y a malgré son apparence, des gens pour l’apprécier et la soutenir. Elle réussit aussi très très bien dans les études. C’est donc le récit d’une ascension, de quelqu’un dont l’avenir est fragile, mais qui arrive à s’en sortir malgré tout ce qu’elle traverse.

 

Il y a bien quelques bizarreries. Par exemple, Crane s’intéresse à la forme de ses merdes (j’aurais pu dire “selles”, mais “merdes” est plus proche du style de l’auteure). Il y en a d’autres, mais je ne veux pas trop en dire pour ne pas gâcher la surprise.

Cela étant, elle raconte sa vie avec tant d’auto-dérision qu’on lui pardonne. Elle-même se compare physiquement à Benjamin Franklin, et elle fait quelques remarques pince-sans-rire sur ses proches qui m’ont fait rire.

Et puis, son histoire n’est vraiment pas commune, faite d’avancées et de retours en arrière, de choix mûrement réfléchis et d’impulsions.

 

J’ai donc vraiment apprécié cette histoire d’une vie pleine de heurts, mais que Crane nous raconte tellement bien, sans misérabilisme et avec une pointe d’humour, qu’on aurait envie de l’accompagner plus loin.

 

L’avis de Sylde et celui moins enthousiaste d’Esmeraldae.

 

Comment les fourmis m’ont sauvé la vie / Lucia Nevaï ; trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain. – Ed. Philippe Rey, 2009.

ISBN 978-2-84876-146-6 : 18 euros.

 

livres, critiques citations et bibliothèques en ligne sur Babelio.com

Ce livre a été lu dans le cadre de l’opération Masse Critique. Merci à Babelio pour le travail mené autour de ce projet et de la chance offerte aux blogueurs.

Par Reno - Publié dans : Romans - Communauté : Les lectures de Florinette
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Vendredi 11 septembre 2009 5 11 /09 /2009 00:00
Après avoir vu le film, j'ai eu très envie de lire le livre. Je ne le regrette absolument pas.

Le scénario est le même, à quelques différences près. Si je ne me trompe pas, les principales sont le fait qu'Anita Vanger soit décédée dans le film, alors qu'elle vit à Londres dans le livre ; les souvenirs d'enfance de Mikael qui n'apparaissent pas dans le livre ; et l'agression de Mikael qui est différente dans le livre.

En dehors de ces détails, point de grande divergence. Par contre, le livre est beaucoup plus riche et fournit beaucoup plus de détails. En vrac, je peux citer les éléments fournis sur le journal Millenium (le titre de la série prend plus de sens avec le livre), l'explication détaillée de l'affaire Wennerström, la relation de Mikael avec Erika Berger et les relations de Lisbeth avec Dragan Armanskij...

C'est donc avec grand plaisir que je me suis plongé dans cette intrigue policière. J'ai été très content d'avoir vu le film car l'enquête concernant Harriet et l'action ne débute que largement après le premier tiers du livre. Mais comme je connaissais déjà les grandes lignes et que les détails étaient plus nombreux, cela ne m'a pas du tout dérangé.

J'ai trouvé que l'histoire était très bien écrite et que Stieg Larsson a réussi à maintenir le suspense tout du long, tout en nous offrant de beaux rebondissements. Une réussite qui m'a offert un bon moment de lecture. J'ai d'ailleurs entamé le deuxième volume.

 

MAJ du 14/09/2009 : L'avis de Ulaz.

Millenium 1 : Les hommes qui n'aimaient pas les femmes / Stieg Larsson, trad.du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain. - Actes Sud, 2006. - Collection Actes noirs.

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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 00:00
Kim Lange est une célèbre animatrice de télévision. Elle est arrivée à ce résultat en écrasant quelques têtes et en négligeant son mari et sa fille.

Et ce soir, c'est SON soir. Elle a reçu une récompense pour son travail et elle a couché avec le beau Daniel, présentateur lui aussi à la télévision. Mais Kim ne va pas en profiter longtemps : écrasée par le lavabo d'une station spatiale, elle meurt sur le coup.

Et qu'elle n'est pas sa surprise quand elle se réveille... dans le corps d'une fourmi ! Bouddha, qui est là pour lui expliquer la situation, lui apprend qu'elle a été réincarnée dans ce corps car elle n'a pas amassé assez de bon karma dans sa vie. Il lui faut maintenant en gagner pour se réincarner dans des êtres plus évolués.

Ce n'est donc pas gagné pour Kim, qui n'a qu'une envie : retrouver sa vie d'avant et surtout sa famille. Elle va donc tout mettre en oeuvre pour gagner du bon karma...

*****

Habituellement, je ne suis pas fan de chick-litt, et ce roman m'y fait fortement penser. Pourtant, je dois avouer que j'ai passé un agréable moment durant sa lecture.

Le début est certes un peu laborieux. La mort de Kim Lange m'a beaucoup fait pensé à l'excellente série télévisée Dead like me (où là, c'est carrément la lunette des toilettes qui tue l'héroïne).

Je me suis ensuite laissé petit à petit entraîner par les réincarnations successives de Kim, sa mauvaise foi et surtout son compagnon. Car elle va rencontrer un drôle d'ami à travers ses réincarnations : Casanova. Celui-ci a en effet été réincarné en fourmi suite aux péchés qu'il a commis. Et il n'a toujours qu'une seule envie : séduire les femelles !

Un bon roman donc, sans rien d'exceptionnel, mais recommandé pour rire et se détendre.

L'avis de Fremalo et celui très enthousiaste des Fondus de lecture.
MAJ du 07/09/2009 : L'avis de Ulaz.

Maudit karma / David Safier ; trad. de l'allemand par catherine Barret. - Presses de la cité, 2008.

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Mercredi 26 août 2009 3 26 /08 /2009 09:00

Ce blog a décidé de s'associer à un projet ambitieux : chroniquer l'ensemble des romans de la rentrée littéraire !


Vous retrouverez donc aussi cette chronique sur le site Chroniques de la rentrée littéraire qui regroupe l'ensemble des chroniques réalisées dans le cadre de l'opération.

Pour en savoir plus c'est ici.

 

Merci également à Guillaume de Babelio pour son rôle d’intermédiaire toujours présent et attentif.

 

 

Saphia Azzeddine est une jeune auteure qui a déjà publié le roman Confidences à Allah, déjà aux éditions Léo Scheer. Je n’ai pas pu le lire, et les réactions glanées sur la toile (sur ce forum et les commentaires du site de l’éditeur) sont assez divergentes.

Il en ressort cependant que S. Azzeddine avait déjà le goût des mots crus et des personnages marquants.

L’entretien réalisé lors de la sortie de ce précédent livre donne cependant des indications sur ce qui a l’inspiré pour son second roman.



Mise en page 1 Dans Mon père est femme de ménage, Paul, 14 ans, nous raconte sa vie. Il vit avec sa famille dans une cité de banlieue. Sa mère handicapée et plutôt absente, sa sœur rêve d'être noire et miss, son père est affectueux mais femme de ménage.

Sa vie s’organise autour du collège (pas terrible), de quelques copains, de Priscilla (qui vient des beaux quartiers) et des heures de ménage qu’il fait pour accompagner son père.

A travers cette vie et ses déboires, Paul se cherche et s’interroge, de la taille de son sexe à l’envie d’appartenir à une communauté religieuse.

Pour cela, il peut s’appuyer sur son envie d’apprendre “les mots qui font peur” et sur son père, souvent « à quatre pattes » mais toujours présent.

 

Saphia Azzeddine prend des risques en se glissant dans la peau d’un ado de 14 ans.

Pour la barrière de l’âge, elle a certainement eu le même d’esprit à cet période de sa vie. Elle fait ainsi dire à Paul : « C’est plus fort que moi, quand je me trouve moche, je deviens méchant et je dis la vérité » (page 56) et la portée de ces mots est universelle.

Elle se tire également bien du côté masculin du personnage, en faisant de Paul un personnage attachant et réaliste. Elle n’en fait pas un obsédé sexuel permanent, même si ses fantasmes sont très forts et décrits avec une certaine crudité. Elle ne fait pas non plus de lui un intellectuel asocial ou un adolescent déconnecté du monde actuel et éloigné des comportements des jeunes d’aujourd’hui.

 

Il faut dire Saphia Azzeddine a un style intéressant, qui sert bien son propos. Les phrases sont en général courtes et sèches. Beaucoup ne contiennent d’ailleurs qu’un ou deux mots, pour appuyer l’expression précédents. Quant aux dialogues, ils sont nombreux et écrits dans le style parlé. Le résultat convient bien à son récit, lui donnant un rythme rapide et vivant.

 

Elle donne également à ses personnages des belles réparties. Les moments durs succèdent aux moments de tendresse, entrecoupés avec des passages très drôles. Comment résister à ce dialogue surréaliste où , pour cacher ce qu’il pense réellement de son père, Paul lui avoue avoir « un petit zizi » (page 62). C’est avec une phrase toute simple (« Ta queue elle est très bien mon fils » page 64) que son paternel rassurera de manière simple mais efficace son fils.

 

Mais attention, il n’y a pas que des passages comme ceux-là. Saphia Azzeddine offre une vision d’une société contenant un peu de violence et beaucoup de préjugés. Elle est pourtant loin des clichés qu’offrent en général les récits se déroulant en banlieue.

 

Bien sûr, en lisant ce livre, comment ne pas penser à Kiffe kiffe demain de Faïza Guène, paru en 2005 ? De nombreux points communs relient ces deux livres.

Tout d’abord, les auteures, toutes deux jeunes et d’origine maghrébine. Pour toutes les deux, il s’agit de leur (presque) premier roman, paru lors de la rentrée littéraire.

Pour les personnages ensuite : il s’agit à chaque fois d’un adolescent vivant en banlieue, dont l’avenir est assez obscur et dont les interrogations sur la société sont nombreuses.

Pourtant, ces deux ouvrages ne se situent pas sur le même plan.

 

Paul et sa famille vivent en banlieue et n’ont pas beaucoup de moyens. Ils sont pourtant français originaires du Morbihan. Ils sont venus en région parisienne pour trouver un emploi et leur vie en province n’était pas plus agréable. Elle était même pire pour Paul, victime d’abus sexuels de la part de son oncle.

Malgré tout, ils ne dépendent pas des services sociaux. Pas d’assistante sociale en vue. Ils se situent dans la frange de la population qui ne peut pas partir en vacances.

Quant aux amis de Paul, ils sont arabes, africains, juifs, roms…

Ce point de vue tranche singulièrement avec celui de Faïza Guène. Dans Kiffe kiffe demain, seuls les personnages d’origine maghrébine ont l’air de vivre dans la cité. Ne vivant pas dans une cité, il est difficile de juger mais il semble que le monde de Saphia Azzeddine soit plus proche de la réalité.

 

Au-delà de cet aspect, il s’agit également de traiter des relations parent-adolescent. Le contexte est d’ailleurs particulier. Dans une cité de banlieue, l’avenir apparaît sombre pour des personnes en construction. En tant que parent, quand on ne bénéficie soi-même de peu de moyens (financiers mais aussi culturels), il devient alors difficile de les convaincre que tout n’est pas joué et que la vie peut réserver des belles surprises.

Cette problématique est au cœur du roman de Saphia Azzeddine. Le titre est à cet égard très révélateur, ainsi que la quatrième de couverture. En tant que père, est-il possible d’être écouté quand le métier exercé est essentiellement féminin et très dévalorisé dans notre société ?

Saphia Azzeddine répond par l’affirmative. Face à une mère peu présente, elle affuble Paul d’un père dépassé, parfois gêné, souvent maladroit qu’il est difficile d’aimer et d’admirer. Pourtant, il est présent, à l’écoute et ne berce pas son fils d’illusions. Il se prend lui-même comme contre-exemple et encourage son fils à suivre une autre voie.

Il l’exprime par cette formule, quand il explique à Paul ce que veut dire finir « comme lui » : "Ca veut dire que tu regardes plus souvent le sol que le ciel mais que ça t'empêche pas d'marcher dans la merde quand même..." (page 122). Explicite, non ?

Cet aspect est encore différent du livre de Faïza Guène. La mère de Doria lui montrera la voie par l’exemple, en reprenant sa vie en main après le départ de son mari. Elle ne guide pas Doria comme le père de Paul, en parlant de son avenir. Elle est toujours présente pour sa fille mais elle est trop dépassée et en décalage pour pouvoir être un repère.

 

Que dire pour conclure ? Eh bien personnellement, j’ai aimé ces deux titres pour différentes raisons.

kiffe kiffe demain faiza guene Face au livre de Saphia Azzeddine, Kiffe kiffe demain apparaît comme plus sage et, d’un certain côté, comme répondant plus à certains clichés. Il garde certaines qualités : l’humour, un récit implanté dans une certaine réalité sociale et une certaine époque, la facilité de lecture. Hachette a eu raison de le rééditer au Livre de poche jeunesse, pour les adolescents. Avec un rythme rapide, des références actuelles, de l’humour, une fin optimiste et une certaine consensualité (comme le montre le deuxième commentaire de cet article de Mélaine), il peut constituer une lecture-accroche pour des jeunes qui lisent peu.

Mais à côté, le roman de Saphia Azzeddine propose plus de mordant, de vérité, de réalité et d’universalité. Il offre une vision de la société beaucoup plus large que ne le fait Faïza Guène. D’un certain côté, il est même plus optimiste, concluant que l’ascenseur social est bien réel, même s’il ne monte pas aussi haut que l’on croit.

Par Reno - Publié dans : Romans - Communauté : Les lectures de Florinette
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Mercredi 1 juillet 2009 3 01 /07 /2009 21:36

elegance du herisson muriel barbery Il existe des livres dont on entend (beaucoup) parler et dont on se dit qu’on le lira un jour. Même sans trop savoir de quoi il parle.

 

Que savais-je de L’élégance du hérisson ? Sorti à la rentrée littéraire 2006, il n’a pas “cartonné” à ce moment là. Il a fait son chemin petit à petit, et il lui a fallu presqu’un an pour qu’on s’aperçoive de son succès.

 

Je savais qu’il s’agissait de l’histoire d’une concierge plus intelligente qu’il y paraît. Je m’attendais donc à une histoire à la Anna Gavalda, simple, légère et prenante.

 

Ce livre est bien au-delà.

 

D’abord, il m’a fait rire. Dans le train. Et un livre qui me fait rire dans le train, il n’y a rien que j’aime le plus. J’imagine les gens autour de moi qui me regarde bizarrement, et ça me fait encore plus rire. Alors rien que pour ça, j’étais déjà séduit.

 

J’ai ensuite découvert une plume exceptionnelle. J’aime beaucoup le style de Muriel Barbery. Elle joue avec les mots, et, lors de la lecture, elle sait faire ressortir la saveur de chacun d’entre eux. Les mots que Renée Michel aime tant, Muriel Barbey nous les fait découvrir.

En plus, elle arrive à faire passer sa passion pour les livres de Tolstoï (entre autre) et d’Ozu (entre autre). Après avoir lu ce livre, qui n’a pas envie de (re)découvrir ces oeuvres ?

 

Enfin, comment ne pas accrocher à cette galerie de personnages ? Citons notamment Renée Michel, concierge de 54 ans, dissimulant son intelligence et son goût pour l’Art sous une apparence conforme à tous les clichés de sa profession, et Paloma Josse, jeune fille suicidaire de 12 ans, dont la riche famille ne convient ni à son intelligence, ni à sa sensibilité. Un vrai régal, pour ceux qui aiment les personnages décrits avec délicatesse, précision et originalité.

 

Tout ça pour qu’au moment où sort le film (un pur hasard de calendrier), je suis conquis par le livre…

 

 

 

Par Reno - Publié dans : Romans - Communauté : Les lectures de Florinette
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Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /2009 10:14

malavita benacquista C’est une nuit que la famille Blake s’installe dans une ville paisible de Normandie, Cholong-sur-Avre. Il y a Fred le père, Maggie la mère, Belle et Warren les enfants et Malavita, la chienne.

 

Rien de plus normal en apparence. Sauf que la famille dissimule un secret : Fred s’appelle en vérité Giovanni Manzoni. Ancien membre de la Cosa Nostra aux USA, il a “trahi” en dénonçant ses  amis. Il est poursuivi pour cela, notamment par les hommes de Don Mimino, le capo di tutti capi, tombé à cause de lui.

 

Résultat, les membres de la famille Blake/Manzoni bénéficient du programme de protection des témoins et sont surveillés 24h/24h par des agents du FBI situés dans la maison d’en face.

 

Mais si la consigne est “ne pas se faire remarquer”, il est difficile à cette famille ayant fréquentée la mafia pendant des années de changer certaines habitudes…

 

******

 

Cela faisait longtemps qu’on m’avait conseillé ce livre. Et franchement, ce fut un très bon conseil.

 

Tonino Benacquista nous offre un roman non dénué d’humour. Une famille de mafiosi plongée en Normandie donne un mélange original. Il faut imaginer la rencontre entre Giovanni Manzoni, ex-capo, et un plombier français légèrement escroc sur les bords…

 

A côté de cela, Malavita est aussi, par certains côtés, un très bon roman policier, avec suspens et tension qui monte. La scène finale, surréaliste et géniale, en constitue l’apothéose.

 

L’auteur s’interroge également beaucoup sur ce que peut ressentir la famille Blake, anciens puissants devenus aujourd’hui des fuyards.

Chacun des membres de la famille réagit à sa façon, qui en essayant de se racheter une conscience, qui en essayant de reconstituer la gloire passée.

Il n’y a finalement que Fred/Giovanni qui ne cherche ni l’un ni l’autre, mais qui, au travers du livre qu’il tente d’écrire, cherche à comprendre et à expliquer.

 

Enfin, cela se sent que Tonino Benacquista s’est beaucoup renseigné sur la mafia. On apprend beaucoup de cette étrange corporation, où les liens familiaux peuvent être aussi forts que la haine.

 

Pour ceux qui auront/ont aimé ce roman, il existe une suite Malavita encore que je me réserve pour plus tard.

 

A lire en écoutant Repenti de Renan Luce.

 

Thierry a bien aimé aussi, Maxi a moins apprécié la fin.

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Mercredi 20 mai 2009 3 20 /05 /2009 09:00

Il est très difficile de résumer un roman d’Alaa El Aswany. Il raconte en effet des histoires de personnes qui vivent la même situation, qui souvent se croisent et parfois se rencontrent. Il l’avait fait avec beaucoup de talent dans son livre L’Immeuble Yacoubian, dont le récit se passait au Caire.

 

Il récidive, toujours avec réussite, en parlant de la communauté égyptienne émigrée aux Etats-Unis. Selon les cas, il peut s’agir d’étudiants boursiers, comme Cheïma et Tarek. D’autres sont aussi étudiant mais surtout opposants au régime présidentiel égyptien, tel Nagui, ou, au contraire émissaire de ce régime, tel Danana.

Ce qui est sûr, c’est que même éloigné de l’Egypte depuis des dizaines d’années, de force comme le docteur Karam Doss ou par choix comme le docteur Mohamed Saleh, elle est toujours présente dans le coeur de ces hommes.

 

C’est ce qui m’a marqué dans ce roman. La plupart des personnages critiquent l’Egypte, son régime et même parfois sa mentalité, mais ils ne peuvent s’empêcher de l’aimer et d’y rester attachés.

 

Au-delà de cette réflexion, on retrouve tous les éléments qui ont fait le succès de L’Immeuble Yacoubian.

Le style d’Alaa El Aswany est toujours reconnaissable et il sait bien faire passer ce que ressentent ses personnages. Le fait d’alterner chaque histoire nous permet de passer du rire aux larmes, selon les récits que nous suivons.

 

Il n’en reste pas moins que beaucoup des personnages racontés sont frappés cruellement par la vie. Alaa El Aswany ne donne une chance qu’à ceux qui éprouvent des sentiments vrais et purs.

 

Chicago / Alaa El Aswany ; trad. de l'arabe (Egypte) par Gilles Gauthier. - Actes Sud, 2007.

 

 

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Dimanche 10 mai 2009 7 10 /05 /2009 09:00
Rudolf Lang a treize ans en 1913. Il vit en Bavière. Son père, malade des bronches, l’élève avec une discipline de fer. Il souhaite que son fils porte ses fautes dans l’avenir et le destine à de venir prêtre. Rudolf refuse cet avenir tout tracé, surtout quand un accident lui fait perdre sa foi.

Après la mort de son père, la guerre éclate. Rudolf, porté par un fort sentiment patriotique, s’engage comme bénévole. Malgré son jeune âge, il persiste à vouloir prendre les armes. Il finira par y arriver grâce au soutien d’un militaire. Sans se poser de questions, Rudolf obéira à ses supérieurs, assistant parfois à des crimes atroces sans s’en émouvoir.

La guerre finie, Rudolf sera rendue à la vie civile. Ayant perdu ses parents, il se retrouve seul et connaît une grande misère dans une Allemagne sinistrée. Désillusionné, proche du désespoir, il ne retrouvera un certain optimisme qu’après avoir adhéré au parti national-socialiste. Il y retrouvera ce qu’il aime : une hiérarchie et des ordres.

Sa servitude, son zèle, son « esprit pratique », lui permettront de gravir petit à petit les échelons dans l’Allemagne nazie. C’est ainsi qu’il sera nommé responsable du camp de concentration d’un petit village polonais, Auschwitz.

**************************************************

En 2006, Jonathan Littell, avec son roman Les Bienveillantes, racontait la vie d’un officier SS chargé d’exécuter la solution finale mise en place par Hitler et le régime nazi.
En 1952, Robert Merle avait déjà écrite une histoire sur des bases similaires. Et je trouve que ce roman est beaucoup plus réussi que celui de Jonathan Littell (dont le personnage part parfois dans des délires érotico-psychotiques ).

La force de cette histoire réside dans le fait que Robert Merle a choisi un personnage lambda, qui paraît très banal. Rudolf est un fonctionnaire zélé, qui se voit lui-même comme un simple « rouage ». Ce point de vue, beaucoup de personnes l’ont tenu, ce qui leur a permis de commettre les pires atrocités tout en gardant bonne conscience. C’est pourtant cette absence de résistance qui a fait que la solution finale a fonctionné avec une grande efficacité pendant la Seconde Guerre mondiale.

De même, le fait que Rudolf ait des problèmes psychologiques liés à son éducation et qu’il arrive si facilement, malgré sa froideur et son inhumanité, à monter les échelons dans un parti politique est réellement effrayant.

Pourtant, ce personnage est également ambigu. Le fait de vivre son histoire uniquement à travers son regard nous permet de « comprendre » son point de vue, celui qu’il tente d’expliquer à la fin.

J’ai été personnellement abasourdi par la manière dont il met en place l’élimination des Juifs du camp, comme s’il cherchait à résoudre un problème mathématique. Tant d’absence d’émotions, des faits décrits si objectivement et si froidement font ressortir toute l’horreur de cette situation et des actes commis.

En conclusion, une lecture très dure, mais menée d'une main de maître par Robert Merle.
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Vendredi 24 avril 2009 5 24 /04 /2009 09:00
Jérôme, jeune cadre  dynamique, s'aperçoit qu'en ce 19 septembre, à 11h30, il a oublié de souhaiter un bon anniversaire à sa soeur Mathilde. Il décide donc de faire un saut chez elle.
En entrant dans la cours de son immeuble, il l'aperçoit tout au bord de la fenêtre du 5ème étage. Le sang de Jérôme ne fait qu'un tour, mais Mathilde rentre et ferme la fenêtre sans l'avoir vu.

Jérôme est tétanisé. A tout juste 24 ans, sa soeur pense-t-elle au suicide ? Il décide de prendre la chose au sérieux et de donner à Mathilde le bonheur qu'elle mérite.
Il va donc tout bouleverser. Annonçant à sa soeur qu'il a décidé de prendre une année sabbatique, il lui propose d'écrire un roman à deux. Mathilde est enchantée et se lance dans l'aventure.

Pour trouver des idées, Jérôme se propose de tenter des expériences originales, en se mettant dans la peau de leur personnage principal. Ce sera l'occasion de belles rencontres et de situations cocasses...

*******************************

Pour être tout à fait honnête, j'ai rencontré Perrine Luc dans une soirée. C'est là que nous avons parlé livres et qu'elle m'a annoncé que son premier allait sortir. Quelques mois plus tard, elle m'a demandé si j'étais intéressé de le lire et j'ai dit oui.

Je suis toujours un peu gêné quand une connaissance me demande de lire son texte. J'ai très peur de ne pas aimer. Et quand d'après le résumé, le sujet semblait un peu casse-gueule. Le suicide est un thème délicat et j'ai d'abord cru que j'aurais à faire à une histoire dramatique pleine de pathos. Eh bien ces craintes n'étaient pas fondées.

Il est vrai qu'il y a quelques petites maladresses et que je m'attendais un peu à une fin comme celle-ci. Mais l'originalité de l'histoire, les émotions qui s'en dégagent m'ont convaincu.

La tendresse familial qui est au coeur de ce récit m'a vraiment touché. La relation qui unit Jérôme et Mathilde est vraiment très belle et l'auteur arrive à faire ressortir tout l'amour qui les lie, eux qui ont vécu des épreuves et des drames familiaux.

Et puis Perrine Luc a vraiment un don pour dresser le portrait des personnages. Ils ont vraiment du relief, une histoire et ne sont pas vides. Tous ceux qui croisent le chemin de Jérôme sont plein de vie et d'humanité. Certains sont même très savoureux, comme par exemple Mme Petsec la concierge.

Ce premier roman est donc une bonne surprise, un récit vivant, à la fois léger et grave, que je vous invite à découvrir.

Guilhem a bien aimé aussi, les lecteurs du prix Orange du livre (que je découvre) sont plus partagés.

PS : En cherchant des informations sur l'éditeur, j'ai trouvé cette page sur BlogNot ! Il pourrait donc s'agir d'une édition en partie à compte d'auteur. Mais il est vrai que le travail sur le maquette est très soigné, le papier de qualité et que, côté promo, Perrine Luc était présente au salon du livre de Paris. Un bon travail dans tous les cas.

Fabrique-moi des ailes / Perrine Luc. - In Octavo Editions, 2009.

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Mercredi 11 février 2009 3 11 /02 /2009 09:00

L'inspecteur Harry Bosch est aujourd'hui sur le banc des accusés. Il y a quatre ans, il a tué Norman Church, assassin surnommé le Dollmaker car il maquillait ses victimes après les avoir violées et étranglées. C'est sa veuve, défendue par la redoutable avocate "Money" Chandler, qui a porté plainte car Bosch a fait cavalier seul dans cette affaire.
Normalement, le procès devrait bien se passer, des preuves indiquant que Church était le meurtrier ayant été découvertes dans son appartement. Sauf qu'un message adressé à la police a conduit à une macabre découverte : une femme blonde et morte étranglée a été enterrée sous une dalle de béton. Et le modus operandi du meurtrier ressemble beaucoup à celui du Dollmaker, alors que cette femme a été tuée bien après que Bosch ait abattu Church.
L'inspecteur va donc mener l'enquête pour prouver qu'il n'a pas tiré sur un innocent, conserver sa place et sauvegarder la réputation de la police de Los Angeles.

Harry Bosch est un de mes personnages de polars favoris. Torturé comme il se doit dans un polars, il n'en reste pas moins un personnage terriblement humain, face à ses doutes et ses convictions.
Quand au récit de Michael Connelly, il est savoureux et original d'un bout à l'autre. Les rebondissements sont nombreux, d'autant que ce titre mélange procès à l'américaine et enquête sur un serial killer.

Ce livre est impossible à lâcher une fois commencé.

Un peu plus d'informations sur Pol'art Noir.

La Blonde en béton / Michael Connelly ; trad. de l'américain par Jean Esch. - Seuil policiers, 1996.
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