Il y a quelques temps,
j’avais lu Les fragmentés de Neal Shusterman. C’était un roman original et marquant, dont le souvenir
est encore vif dans ma mémoire. Aussi, quand j’ai découvert qu’il venait de publier un nouveau titre, je me suis plongé dans sa lecture avec grand plaisir.
La quatrième de couverture donne la définition suivante de l’Eternéant : “monde situé entre la vie et la mort où se perdent les enfants sur la route de l’au-delà”.
C’est dans cet univers que vont se rencontrer Allie et Nick : les deux adolescents vont se percuter au moment de leur mort, les empêchant de partir vers un “ailleurs”.
A leur réveil, 9 mois se sont écoulés et ils sont seuls dans une forêt, avec un jeune garçon ayant oublié son nom. Celui-ci, surnommé Racine, les presse de rester avec lui pour jouer ensembles et les met en garde contre les dangers du monde extérieur.
Nick et Allie y resteront sourds, pressés de savoir ce que sont devenus leurs parents. Ils partiront à leur recherche.
Mais l’Eternéant ne ressemble à rien de ce qu’ils connaissent. Invisibles aux yeux des vivants, condamnés à marcher pour ne pas s’enfoncer au cœur de la terre, ils ne trouvent refuge que dans des lieux disparus qui ont marqué l’histoire.
Le plus dangereux reste les autres enfants comme eux, appelés Illumières du fait de la luminosité qui se dégage d’eux. Ceux qui forment des clans attaquent les êtres isolés, pour s’accaparer les rares objets qui ont migrés dans l’Eternéant.
D’aventures en aventures, ils arriveront chez Mary. Celle-ci est depuis longtemps dans ce monde. Elle a écrit des ouvrages à l’attention des Illumières, pour les mettre en garde contre les dangers qui les menacent. Elle a aussi créé une communautés pour regrouper et protéger le plus d’Illumières.
Mais Allie, qui a un fort caractère, sent que derrière ces bonnes intentions se cachent d’autres projets. Hors de question pour elle de rester sous la coupe de Mary…
*****
Il est bien difficile de résumer ce livre sans trop en dire et sans en perdre tout ce qui en fait le sel.
Je dois avouer que tout d’abord, j’ai eu du mal à entrer dans l’histoire. Je suis toujours un peu mal à l’aise avec les récits qui parlent de la mort d’enfants et de l’après-vie, même si Neal Shusterman amène les choses en douceur. Mais une fois qu’Allie et Nick commencent à vivre leurs aventures, cette impression de mal-être s’est vite estompée.
L’auteur adopte un point de vue original pour expliquer la présence de fantôme dans notre monde. Il crée des règles qui ne trouvent pas forcément d’explications (normal, on ne devient pas omniscient après la mort) mais qui semblent logiques.
Et puis je trouve assez fort son idée de faire passer dans l’Eternéant des lieux, des bâtiments et des objets qui ont été marqués par l’histoire de l’homme. Par exemple, y retrouver les tours du World Trade Center apporte un écho historique particulier et tragique.
Côté écriture, les personnages d’Allie et Nick sont bien dessinés, chacun avec ses défauts et ses qualités. Il est aussi appréciable de voir qu’ils évoluent au cours du récit, leur expérience les faisant évoluer après chacune des péripéties. Les autres personnages principaux sont également très bien décrits. Leur personnalité trouble, leur ambivalence en font des êtres intéressants.
Il s’agit aussi d’un récit truffés de références historiques et culturelles, qui donnent du relief au récit. On pense bien sûr à Sa majesté des Mouches de William Golding, pour le thème des communautés d’enfants laissées seules sans adultes. Il y a aussi une référence à Amityville et certainement plein d’autres qui m’ont échappées.
L’Eternéant montre donc encore une fois le talent et l’originalité de Neal Shusterman. Même si Les Fragmentés reste mon livre préféré de cet auteur, ce nouveau titre ne démérite pas. C’est avec plaisir que je lirai la suite de ce qui est annoncé comme une trilogie, car de nombreuses questions restent sans réponse.
Merci beaucoup à Anne et aux éditions du Masque / MSK pour cet envoi !
Première phrase : “Un jour comme les autres, dans un virage en épingle qui surplombait une forêt morte, une Toyota blanche percuta une Mercedes noire si violemment que leurs carrosseries fusionnèrent en un éclaire d’argent.”
Autres avis : Paikanne, Jiyaie.
L’Eternéant : la trilogie des Illumières / Neal Shusterman ; traduit de l’anglais par Alexandre Boldrini et Anne-Judith Descombey. – Editions du Masque – MSK, 2012.
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