Vendredi 13 novembre 2009
Crane est née dans l’Iowa
des années 1950. Elle commence plutôt mal sa vie car sa mère a essayé de se débarrasser d’elle pendant sa grossesse. Elle naît donc avec un front difforme, laide et complètement bigleuse. Mais
elle a une intelligence phénoménale.
Cela ne se remarque pourtant pas dans sa famille. Il faut dire que celle-ci squatte une cabane isolée, et est bizarrement constituée. Il y a d’abord les trois enfants : Little Duck, Jima et
Crane. Côté adultes, il y a Big Duck, qui sert de patriarche, mais qui n’est le père que de Jima. Puis Flat, la mère de Jima, sèche et pétrie par la religion. Puis Tit, qui est la mère de Little
Duck et de Crane, belle femme qui se prostitue.
C’est au milieu de ce cadre que Crane grandit, protégée par sa sœur Jima. Ensembles, elles regardent les trains, les étoiles et le maïs qui pousse dans les champs voisins. La faim, l’absence de
scolarité et le froid sont quand même là pour rappeler qu’ils vivent chichement, dans la pauvreté et la crasse.
Pourtant, un jour, la civilisation va les rejoindre. Un homme aura l’idée de creuser un lac à côté, d’y construire une marina puis un lotissement. Si les enfants se plaisent à avoir des voisins,
les adultes ont plus de mal, jugés par les nouveaux arrivants. Jusqu’au jour où, suite au départ de Tit, la famille éclatera.
Crane, séparée de tout le monde, commencera une nouvelle vie, d’abord au couvent, puis chez Ollie. Autant dire tout de suite, que malgré son intelligence, elle aura encore quelques épreuves à
surmonter. Heureusement, les fourmis sont là…
*****
Ce livre m’a attiré car, après avoir lu le résumé en diagonal, j’ai retenu les mots “sioux”, “difforme” et “intelligent”, ce qui m’a tout de suite rappelé Le premier qui pleure a perdu d’Alexis
Sherman. Autant vous dire que j’étais loin du compte…
L’histoire de Crane ne m’a d’abord pas palpité. Tout juste intéressé. Je me demandais si avec une enfance aussi terrible, ce personnage, malgré qu’elle soit un génie, s’en sortirait. Et puis,
quand elle est séparée de sa famille, je n’ai plus pu lâcher le livre.
Car l’histoire de Crane, toute misérable qu’elle soit, n’est jamais sordide. Tout imbécile que soit Big Duck, il ne les bat pas. Puis, après son placement, il y a malgré son apparence, des gens
pour l’apprécier et la soutenir. Elle réussit aussi très très bien dans les études. C’est donc le récit d’une ascension, de quelqu’un dont l’avenir est fragile, mais qui arrive à s’en sortir
malgré tout ce qu’elle traverse.
Il y a bien quelques bizarreries. Par exemple, Crane s’intéresse à la forme de ses merdes (j’aurais pu dire “selles”, mais “merdes” est plus proche du style de l’auteure). Il y en a d’autres,
mais je ne veux pas trop en dire pour ne pas gâcher la surprise.
Cela étant, elle raconte sa vie avec tant d’auto-dérision qu’on lui pardonne. Elle-même se compare physiquement à Benjamin Franklin, et elle fait quelques remarques pince-sans-rire sur ses
proches qui m’ont fait rire.
Et puis, son histoire n’est vraiment pas commune, faite d’avancées et de retours en arrière, de choix mûrement réfléchis et d’impulsions.
J’ai donc vraiment apprécié cette histoire d’une vie pleine de heurts, mais que Crane nous raconte tellement bien, sans misérabilisme et avec une pointe d’humour, qu’on aurait envie de
l’accompagner plus loin.
L’avis de Sylde et celui moins enthousiaste d’Esmeraldae.
Comment les fourmis m’ont sauvé la vie / Lucia Nevaï ; trad. de l’anglais (Etats-Unis) par Françoise Adelstain. – Ed. Philippe Rey, 2009.
ISBN 978-2-84876-146-6 : 18 euros.
Ce livre a été lu dans le cadre de l’opération Masse Critique. Merci à Babelio pour le travail mené autour de ce projet et de la chance
offerte aux blogueurs.